#random-posts img{float:left;margin-right:10px;border:1px solid #999;background:#FFF;width:36px;height:36px;padding:3px}

dimanche 17 novembre 2013

Pylône | Things that are better left unspoken

Bon, commençons par une triste réalité : cinq ans que je suis domicilié sur la ville rose et je n’ai jamais ouï-dire du nom de Pylône, pas même un aperçu sur une affiche. Rien. Qui sont ces types? Je n‘en savais rien jusqu‘à peu. Alors peut-être que je ne fréquente pas les bons endroits, peut-être que je ne regarde pas assez autour de moi… Qu’importe. En tout cas, pour moi, ces trois gars, une fille, sortent de nulle part, et, à l’écoute, ça me fait l’effet d’un électrochoc. Ou d’une claque dans la gueule. D’une bonne claque.

Pourtant, les instigateurs du méfait ne sont pas des inconnus, vu qu’on retrouve derrière le nom des anciens membres de Headwax et Xnoybis. Le groupe existe depuis deux ans maintenant, et s’est déjà fendu - au vu de ce que m’indique leur Bandcamp - d’un premier EP en décembre 2011, qui m‘était totalement inconnu jusqu‘à ce jour. Deux ans pour accoucher d’un tel premier bébé, il n’y a pas à dire, les géniteurs n’ont pas chaumé.

Alors, concrètement, qu’en est-il de ce Things that are better left unspoken ? Une fois n’est pas coutume, l’artwork de l’album synthétise selon moi parfaitement tout ce que nous réservent les 37 minutes 53 de noise rock concoctées par le combo toulousain. La sobriété et le caractère épuré d’abord, représentés par ce dessin central sur fond uni à la couleur blafarde. L’aspect vindicatif ensuite que suggère la police imposante. Et cette main centrale, solitaire, monolithique.


Je commencerais par le monolithique ; et sur ce point, comment ne pas évoquer cette basse puissante, lourde de saturation, qui mène la danse sur la quasi-totalité des morceaux de l’album ? Installant une ambiance crasseuse, son omniprésence oriente la destination de ces « choses qui sont mieux quand elles ne sont pas dites » vers un univers nauséeux, sur lesquelles les guitares, aiguisées, incisives et complémentaires, viennent se greffer et apporter un peu de légèreté. (SuperNova, It’s Funny (Isn’t It), Tumbledown.) La batterie n’est pas en reste, assurant une section rythmique solide et appuyée, tout en sachant faire preuve de finesse et d’inventivité dans les moments nécessaires.

Vindicatif, car le son y est sec, rugueux, sans concession. Et si la musique du groupe s’inscrit dans la lignée d’une scène noise US aisément identifiable (Jesus Lizard, Shellac et Enablers en tête de proue), elle n’en conserve pas moins une forte personnalité, entre rage viscérale et retenue salvatrice (Clear Back, Marangoni). Répétitive, linéaire et poussive, la musique de Pylône n’en reste pas moins faite de contrastes, subtils, qu’une écoute répétée et attentive amène à percevoir, comme sur le magistral White Dress, pierre angulaire de cet album, mastodonte émotionnel et immersif de plus de huit minutes, dont les effusions sonores égrainent le cerveau pour ne laisser l’auditeur que fini et vidé, bien enfoui au fond de son canapé.

Épuré et sobre pour sa capacité à aller à l’essentiel, sans fioriture. Et notamment grâce à cette voix claire, entêtante, à la diction scandée (proche du spokenword) que nous assène le chanteur-parolier. Une voix profonde, parfois ironique, jamais plaintive, prenant des aspects presque crooner quand elle se frottera au mélodique (pouvant alors rappeler un certain Ian MacKaye), et cela même quand elle s’essaye à succès au chant français (Le Combattant). Les paroles qui nous sont jetées à la figure y sont intimistes et cryptiques, plus proches de la littérature romantique que du rock qui tache, en contraste avec l’aspect « déclamation » que véhicule le chant. Poétique et poétisé, Pylône réaffirme son accointance avec le monde des lettres en reprenant trois textes de Charles Bukowski (crédités au nom de son alter ego, Henry Chinaski), histoire de s’assurer un dernier soupçon de classe.

Car c’est bien une leçon de grande classe en soit que ces Things that are better left unspoken nous apprennent. Tout en apportant fraîcheur et maturité à la scène toulousaine, là où la production musicale locale - comme nationale d’ailleurs - peut sembler phagocytée ad nauseam par une prédominance de groupes pop labellisés « Inrocks », Pylône impose son style et son univers noir à grands coups de masse volumique acérée. Brut et tourmenté, tout en restant diaboliquement efficace, le premier essai long format du quatuor s’avère concluant, et arrivé au bout de ces huit morceaux, j’en redemande sans sourciller. 
 
Romain

EDIT : Pylône sera le 21 décembre 2013 en concert aux Pavillons sauvages à Toulouse avec Willis Drummond.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire